mardi, 27 novembre 2007

Paiement des Repos Temps Travaillés dans la fonction Publique

"Travailler plus pour gagner plus, je préfère de loin le slogan travailler mieux pour dépenser plus"

Indemnité compensant les jours de repos travaillés (RTT) décret Fillon du 12/11/2007  (RTT : Réduction du Temps Libre )

"Mesurette" du gouvernement  Fillon pour justifier les engagements de la campagne de Nicolas Sarkozy ?!

 Au titre de l’année 2007, les titulaires et non titulaires relevant du titre II du statut des fonctionnaires et des collectivités territoriales peuvent recevoir s’ ils  en font la demande une idemnité de compensant certains jours de RTT  soit 4 jours maximum par an.

 Demande à déposer avant le 30 novembre 2007 et sous réserves de l’ouverture d’un compte épargne temps et que vous ne soyez pas soumis au titre III de la fonction publique car dans ce cas il vous faudra attendre une délibération du conseil d'administration pour en bénéficier.

  • Catégorie A ou assimile  125 € soit  15,6 €/h
  • Catégorie B ou assimile  80 € soit    10,6 €/h
  • Catégorie C ou assimile  65 € soit    8,1€/h

Voir les réponses à cette question sur Yahoo Questions-Réponses

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Nicolas Sarkozy a dit il ne pas monter les catégories les unes contre les autres,  j'ai l'impression qu'il s'y prend mal: 

  •  De Baladine :

Sérieux ! Les fonctionnaires vous êtes vraiment une race à part. Constamment entrain de faire des comptes d'apothicaire. Faut vous mettre au travail. Nous les usagers ont est obligés de prendre 1 jour de RTT à chaque fois qu'on doit faire des démarches administratives, parce que bien sûr entre vos jours de RTT, vos heures de pause, vos maladies, c'est un vrai parcours du combattant !
Et si les administrations étaient ouvertes le week end ? Au moins là tout le monde pourrait être servi. Après tout se sont nos impôts qui vous finance, ont devraient avoir un droit de regard sur vos activités !

  • De Ted Depioche :
Oui, et alors ?Il y a pas longtemps tu reprochais au gouvernement de ne rien faire pour les payer, et maintenant qu'il propose quelque chose, tu critiques encore

mercredi, 21 novembre 2007

Réactions à la lettre du cheminot

 Réactions  : Dans la grève, il ya un rêve... on est d'accord ou pas, entre deux grèves, entre deux heures de pointe ou en attendant votre transport  "rompez" votre train-train quotidien, lisez la lettre  du cheminot Philippe Duvernet  [Michel Granier]
 
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  • De Rototo :
Le pauvre chou. Il est vraiment trop à plaindre. Quel naze.
  • De  Blaireau One :
 Extrait : (...) Une cotisation patronale supérieure de près de 12% à celle de votre patron, (..) Il nous prend pour des billes le Philippe !!! Sa fameuse cotisation patronale de 12% est payée par l'état autrement dit par nous, les contribuables.Voir le site ci-dessous :
(...) Tous les ans les contribuables français versent une subvention d’équilibre de l’ordre de 2,5 milliards d’€ au régime spécial de la SNCF. (...) source http://www.ifrap.org/2-fromages/retraite...

  • De Bebert :
Le cheminot Jassume me duverne un peu.
Comment pourrait-il m'expliquer que l'allongement de durée de vie + le bon accueil aux immigrés (légaux ou illégaux) notre aide à droite ou à gauche, enfin le bon coeur de cette France terre d'accueil, etc..... Comment cela peut se financer en partant plus tôt ou même sans modifier les limites de l'activité.
Pourquoi si une entreprise nationale fait du bénéfice (SNCF dit-il- c'est lui qui le dit) ce serait réservé à ses personnels et non pour la communauté.
Je pense plutôt que si SNCF fait du bénéfice?? c'est peut être qu'elle nous vend ses billets trop chers;
Si EDF a un bon (très bon) comité d'entreprise, c'est peut être que son électricité est trop chère?
Allez, il faut mettre la CGT et la gauche au pouvoir, on verra (entre nous, on a déjà vu)
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  • De Halte aux idées reçues :
Dans quelques jours (le 14/11) s'annonce une grève à la SNCF pour la sauvegarde de notre régime spécial. Il a été dit n'importe quoi à ce sujet, et j'ai décidé, à titre purement personnel, d'informer mes amis et connaissances sur la réalité de nos "privilèges".
Avant toute chose, il faut savoir que notre régime de retraite a été mis en place en 1938, à la création de la SNCF, en s'inspirant des régimes déjà en place dans les anciennes compagnies.
En 1945, le gouvernement Français va créer ce qui va s'appeler le "régime général", le système de retraite par répartition actuel. La SNCF va conserver ce qui devient un "régime spécial" qui offre des avantages par rapport au régime général:

Pour partir en retraite avec un taux plein (au maximum), il faut cotiser 37,5 ans. Les conducteurs qui travaillent en horaires complètement décalés, ont des "bonifications" qui permettent de gagner 5 ans (cotisation de32,5 ans). Un cheminot peut toutefois partir en retraite:
- à 55 ans pour les agents sédentaires si ils ont au moins 25 ans de cotisation
- à 50 ans pour un conducteur (toujours si ils ont 25 ans de cotisation)
En partant à cet âge, ils ne sont toutefois pas au maximum de ce qu'ils peuvent espérer. Pour comparer avec le régime général, le taux de remplacement moyen (le montant de la retraite par rapport au dernier salaire) est de 64 % à la SNCF du fait qu'à 55 ans, la durée moyenne d'activité validée par les cheminots est de 32 ans. C'est ainsi qu'en 2001, les pensions moyennes attribuées aux retraités de droit direct étaient de 1 407 € à la SNCF et 1 590 € pour le régime de référence, soit un écart de 13 %.

Il faut savoir que la SNCF a la possibilité de mettre à la retraite d'office ses agents. Certains désirent continuer leur activité, ils ne le peuvent pas. Cette possibilité est très utile à la SNCF pour réduire ses effectifs, surtout dans les secteurs qu'elle restructure.

De plus il faut savoir que ce soit disant "avantage" est la contrepartie des contraintes du service public du travail jours et nuits, dimanches, jours fériés et pendant les vacances. Je vous assure qu'il est difficile le 24 décembre au soir de partir en laissant la famille, les amis et le repas de réveillon.
Cet "avantage" est aussi la contrepartie de salaires plus faibles, surtout les dimanche ou les nuits (les heures de "milieu de nuit" entre 0h30 et 4h30 donne droit à une majoration de ....0,20 euros. Oui, je dis bien 20 centimes d'euros). Ah, que nous aimerions être payés 50% de plus les dimanches et les nuits!!!

De plus, et je veux insister sur ce point jamais abordé par les médias, LES CHEMINOTS SE PAIENT LEURS AVANTAGES par une surcotisation de retraite. En effet, le taux de cotisation patronale à la SNCF atteint 28,44 % et est assis sur 87,3 % du salaire brut. Il est donc très supérieur à celui du régime général qui est de 14,18 % en moyenne.

Si je me paye ma maison avec un crédit de 15 ans avec de plus grosses mensualités, est-ce que je m'occupe de savoir si mon voisin se paye la sienne avec un crédit sur 25 ans? La situation est là même pour nos retraites, nous nous payons nos "avantages".
Alors, me direz vous, ou est le problème? Il y a plus de 100 régimes spéciaux, mais attaquer la SNCF est un symbole. Et à l'intérieur de la SNCF, ce sont surtout les conducteurs qui sont visés, eux qui on bien emm.... les précédents gouvernements (n'est-ce pas Juppé?). Il faut d'ailleurs noter que Sarko et le gouvernement ont bien matraqué leur message en répétant que cette réforme ce faisait "au nom de l'égalité". Quelle égalité? Vous voulez que la SNCF ferme le soir à 19h pour ouvrir à 6h00? Que tout s'arrête le vendredi soir et reprenne le lundi matin? Que nous fermions le 31 juillet au soir pour ouvrir le 01 septembre? Que tous les jours fériés le trafic s'arrête? Et si certains d'entre vous travaillent le dimanche, combien êtes-vous payés? Et la nuit?

Pourquoi ne pas attaquer certains régimes spéciaux VRAIMENT avantageux? Comme celui des députés et sénateurs, qui cotisent en moyenne deux fois plus, c'est vrai, mais pour toucher en moyenne SIX FOIS PLUS.
Voilà un lien pour le site WEB des régimes spéciaux. C'est le site officiel. Vous allez pouvoir comparez les différents régimes. Dans la colonne de gauche, essayez de cliquer (tout en bas) sur le régime du Sénat ou celui de l'Assemblée Nationale". Oh !!! Comme c'est étrange!! La page est vierge !

Vous ne croyez pas qu'on nous prend - que l'on VOUS prend - pour des idiots? Et le régime des militaires qui, en plus, ont des emplois réservés une fois la retraite atteinte (qui peut intervenir au bout de 15 ans seulement)?

Ajoutons que notre présidente, Madame IDRAC, a déjà demandé au gouvernement la suppression de la "surcotisation". Au final, cette opération va coûter de l'argent au gouvernement, aux contribuables, A VOUS TOUS!!! Quel paradoxe !!

Le seul fait qui soit tangible, c'est le déséquilibre démographique de notre régime. Actuellement, il y a 1 actif pour 1,75 retraité. Ce déséquilibre démographique fortement négatif de la Caisse des retraites de la SNCF découle des restructurations massives, de la modernisation des techniques et des externalisations mais pas seulement. La politique volontariste de l'Etat dans les années soixante-dix pour favoriser le transport routier au détriment du rail (le fameux GRENELLE de l'environnement ne revient guère là dessus), est une des raisons de la dégradation du ratio démographique. De ce fait, les cheminots ne sauraient être tenus pour responsables de ce rapport défavorable qui est avant tout dû aux suppressions d'effectifs.

En 1983 la SNCF a été transformée en EPIC, Etablissement Public, Industriel et Commercial. C'est une entreprise dont le propriétaire est l'état, mais qui doit équilibrer ses comptes. A ce titre, nous ne sommes pas des fonctionnaires. Nous devons être "rentables". La politique de réduction d'emploi et de modernisation a donc continué. Et que penseriez vous si, aujourd'hui, la SNCF n'équilibrait pas ses comptes (et même, désormais, fait des bénéfices)? Nous en entendrions parler!!!
Je tiens d'ailleurs, à ce point de mon exposé, vous donner le lien qui va vous renvoyer sur le site de la SNCF qui répond aux fameuses idioties qui circulent sur la SNCF en ce moment (vous avez peut-être reçu ce fameux mail qui dénigre mon entreprise):

http://www.sncf.com/ideesrecues/index.ht...

Donc, ce déficit démographique existe, mais il existera même si notre régime spécial est réformé. PIRE: la véritable conséquence sera que le déficit du régime de la SNCF sera transféré sur les comptes du régime de droit commun et qu'il ne sera plus supporté par l'Etat.
Il est à noter qu'un récent rapport du "Conseil d'Orientation des Retraites" sur les régimes spéciaux estime que le notre va retrouver son équilibre vers 2015/2020, le nombre de retraités actuels diminuant.

Pour terminer, je peux vous affirmer qu'aucun de mes collègues et moi même n'allons faire grève de gaîté de coeur. C'est toujours un gâchis et une grosse perte d'argent. Je veux d'ailleurs en profiter pour affirmer haut et fort :
AUCUN JOUR DE GREVE NE NOUS A JAMAIS ETE PAYE !!!
Par contre Si cette réforme consistait à supprimer un avantage évident, net, avéré et marqué en notre faveur, si une réforme globale était envisagée (les sénateurs, députés et autres), si cela correspondait à un effort de solidarité nationale, alors oui, la réforme nous l'accepterions, je l'accepterais.
Mais pourquoi la réforme ne touche t' elle pas:
- nos élus ?
- les stocks options (qui vont être royalement taxées à 2,5% pour le salarié) ?
- les parachutes dorés des grands dirigeants?

Pourquoi ne dit-on pas à la population que 70% des déficits proviennent des caisses des agriculteurs qui percoivent une retraite alors qu'ils n'ont jamais, ou très peu, cotisé? (Ceci dit, cette solidarité ne me dérange pas ! Mais que l’on ne vienne pas nous désigner à la vindicte populaire)

Pourquoi Sarkozy s'augmente-t-il de 172% en s'alignant "par le haut" sur ses homologues étranger et sur le 1er ministre alors que les ouvriers doivent être alignés "par le bas"?

Bref, vous l'aurez compris, la réforme de notre régime ne s'impose pas, il sert de bouc émissaire au gouvernement, et lui sert à dresser des salariés contre d'autres, c'est une revanche contre ces emm... de cheminots. Nous avons une haute idée du service public, de la sécurité, de la ponctualité, ceux qui sont venu avec moi en ligne ont pu juger. Nous y consacrons notre vie, et aussi, parfois, notre santé.

Ne nous laissons pas dresser les uns contre les autres. Ne nous laissons pas raconter n'importe quoi. Nous sommes tous des ouvriers, des mecs qui bossons, qui n'avons pas des millions d'euros en bourse, qui produisons pourtant les richesses de ce pays.

Alors oui, je vais faire grève, je m'excuse par avant de vous pourrir la vie pendant quelques jours, mais cette lutte, j'ai envie de la mener, je crois que je dois la mener.
  • Toukapi  Etudiante
Je rêve 2600€ par mois, et il est pas content? Mais qu'il change de métier si c'est pourri que ça de bosser pour la SNCF!
  • Carole J: 38 ans mariée
Pauv' chéri va ! Mon père travaille en équipe depuis 25 ans, le matin avant le tout, le soir après tout le monde
c'est comme ça c'est tout, faut faire avec ! lui ne prend pas le train gratuit, ni ma mère, ni moi !
il n'est qu'un simple ouvrier et on pourra comparer leur retraite !
Mon père devrait travailler jusqu'à 60 ans, il fabrique des roulements à billes et à force de soulever des pièces de plus de 30 kg il a les épaules démolies et des becs de perroquets plein la colonne vertébrale !
Toujours à se plaindre la bouche ouverte ces cheminots !
il ne vous parle de son CE, des vacances presques gratuites pour les enfants, les locations à prix dérisoire et en plus ils n'ont pas besoin de payer pour s'y rendre !
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  •  De Bauchamp:
Quel amalgame et quel égoïsme! Tout mélanger pour tenter de justifier son combat, pour préserver ses privilèges dont il ne parle jamais . Toute ces primes absurdes ( "primes de non primes" à la SNCF ....... Où a t on vu çà ? Prime du charbon...etc.)

- J aime quand il parle de solidarité et qu il assume son égoïsme quand ça l' arrange ......
- J 'aime quand il fait référence au combats de nos aînés et que son action fout dans la merde des milliers de gens tous les jours en les prenant en otage sans qu ils aient de moyens de se défendre !
- J ' aime qu'il se taise sur toutes ces semaines de salaire perdues par les travailleurs pour qu' une minorité défende ses privilèges
- J aime qu il défende son privilège des 37 annuités alors que les OS dans les usines travaillent 40 années déjà pour leurs retraites avec des salaires moindres et qu'il n' en parle même pas .

C 'est vrai qu il y a des injustices et des inégalités. Il n' y pas de modèle de société qui ne puisse les éviter ; même la Chine est gangrenée - comme l' a été l 'URSS - par les dirigeants qui pensent plus à leurs privilèges et leurs statuts au détriment du peuple qui crève la gueule ouverte ou qui finit ses jours dans des camps ou des goulags pour laisser les dirigeants continuer leurs oeuvres.... A quel modèle fait il référence ?
Aucune société - des Babyloniens aux aborigènes - n' a fait la preuve d un modèle social sans qu' on ne retrouve de hiérarchie avec des chefs - nantis - et des gens du peuple toujours miséreux . Je veux des exemples, si ça existe ! Ce n' est pas de la politique c' est de l' utopie qui ne tient pas compte de la nature de l' individu et de ce qu' il est depuis que des embryons de société existent.

L 'argent perdu pendant sa grève c' est la LCR, riche comme on ne peut l' imaginer, qui va la lui payer sans qu 'il ne perde un centime ; c' est dommage qu' il n' ait pas le courage de le dire comme ont eu le courage de le dire à la radio certains grévistes de CGT ou de la CFDT , eux !

Sa lutte politique cache mal la défense de ses propres privilèges et les dénonciations ( légitimes ) de certaines injustices réelles ne me leurrent pas sur les réelles motivations de ses actes . Ça sonne franchement faux.
Ne fout il pas dans la merde des gens moins nantis que lui afin de préserver ses privilèges ? Ne reproduit il pas la lutte de ceux qui possèdent pour préserver leurs acquis au détriment des plus faibles - qu 'il prend en otage, en arguant, pour légitimer ses actes, d' une solidarité qui doit avoir bien peu de valeur, pour lui, quand on en est là.

Cette morale où solidarité n' a de valeur que dans la théorie et où la défense de ses propres acquis passe avant le reste , cette morale là, a pour moi, franchement un goût de fiel .
Si le réalisme c' est çà , je vais continuer à rêver .............en essayant de ne pas causer de torts à mes voisins comme me l' appris Brassens.... J ' imaginais que la vraie Anarchie valait bien mieux !

mardi, 20 novembre 2007

Grève des Transports: la lettre d'un cheminot aux Clients

"C'est un drôle de pays, la France, où les négociations ont toujours lieu après le déclenchement des grèves et non avant." [Françoise Giroud]

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Dans la grève, il ya un rêve... on est d'accord ou pas, entre deux grèves, entre deux heures de pointe ou en attendant votre transport  "rompez" votre train-train quotidien, lisez la lettre du cheminot Philippe Duvernet 

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Chère cliente,cher client,

 Je suis en grève aujourd'hui et je l'assume. Oui, j'assume de devoir vous poser des problèmes dans votre train-train quotidien, j'assume de vous obliger à modifier vos habitudes quotidiennes. 

On m'accuse de vous prendre en otage. Mais vous ai-je enfermés, vousai-je attachés ? Non, je vous laisse libres. Libres au milieu des contraintes que vous acceptez tous les jours sans vous en plaindre.

J'assume pleinement de vous laisser voir vos chaînes, parce que ces chaînes sont aussi les miennes. Parce que moi aussi, je dois fairegarder mes gamins quand je commence au petit matin, moi aussi, quand je rentre le soir, j'ouvre ma boite à factures qui naguère s'appelait boite aux lettres, moi aussi je m'affale parfois dans le canapé pour manger docilement la soupe de la télé, car moi aussi, je vis dans cette société.

Oui, je l'assume. Comme j'assume les contraintes de mon métier qui me font vivre à part du groupe, qui me font travailler avant vous pour vous emmener bosser et après vous pour vous ramener à la maison. Pour vous emmener dans votre famille passer les fêtes, je ne les passerai pas dans la mienne. Je vous transporte et par définition, mon travail commence là où s'arrête le vôtre, et vice versa.

Quand j'ai pris la décision de faire ce métier, il y a 15 ans, j'ai pesé le prix de ma mise à l'écart de la vie collective, par les horaires farfelus. Ce prix, je l'ai accepté et j'entends me le faire payer. 

Bien sûr, je ne suis pas le plus mal loti de la terre. Bien sûr, il y a bien pire et bien plus malheureux. Mais doit-on se sentir coupable d'avoir un toit en voyant les sans-abri ? Doit-on se sentir coupable d'avoir un emploi en comptant les chômeurs ? Doit-on se sentir coupable de se défendre ? 

Ma défense, je l'ai préparée. Parce que les résultats des élections de mai ne laissaient aucun doute. Le conflit aurait lieu, historiquement il devait avoir lieu. Où et quand ? Vous avez la réponse aujourd'hui. Parce que, je ne vous le cache pas, Il était encore sur le yacht de Bolloré que je mettais de coté l'argent nécessaire à ce combat. S'il le faut celui prévu pour quelques projets futiles sera utilisé et tant pis si le home cinéma ne vient pas dans mon foyer cette année. Quoi, j'aurais pu me payer un home cinéma et je suis dans la rue ? Et bien ça aussi je l'assume. Et sans aucune honte depuis que j'ai lu que la marque qui commercialise le plus grand écran plasma, un joujou à cent mille euros, visait aussi le marché des particuliers en France. On me donne 2600 euros par mois pour conduire les trains, pas pour acheter mon silence et ma docilité. On trouve au MEDEF des syndicalistes bien mieux lotis ayant toujours une larme à faire couler sur leur sort. 

C'est aussi pour ça que j'assume de faire grève aujourd'hui.   

On m'accuse de ne pas faire preuve de solidarité parce que la réformeest nécessaire et doit être approuvée. A force de lire les rapports du Conseil d'Orientation des Retraites, à force de lire tout ce qui peut me tomber sous les yeux parlant de retraite, du sénat au blog débile, j'ai acquis la conviction que tout cela aurait pu être évité, pour moi comme pour vous, si nos dirigeants avaient préparé ces échéances comme j'aipréparé cette grève.
 
On nous a parlé de catastrophe, de faillite, de banqueroute même or n'importe quel économiste honnête vous le dira, en 2000, l'effort prévisible à réaliser, sans rien changer pour les retraites, pour les 40 années à venir était calculé inférieur à celui fourni pendant les 40 années passées. On a montré que le petit bout de la lorgnette, on n'a pas dit que la richesse du pays augmenterait plus vite que cette charge, même dans les pires scénarii. Il y avait ce problème du baby boom ? Et alors, est-ce une raison pour tout mettre à bas alors qu'il suffisait de remplir le fond de réserve des retraites créé en 2002, la seule

véritable réforme honnête faite sur le sujet ? Que fait un ménage quand il sait qu'une dépense va venir ? Soit il économise, soit il emprunte, soit il attend et se serre la ceinture le moment venu. C'est cette voie qu'ont choisie nos dirigeants, c'est regrettable mais je suis citoyen et je respecte les suffrages. Alors cette politique qui n'est pas la mienne, je l'assume y compris les conséquences, y compris cette grève. 

Aujourd'hui, je refuse de faire mon travail dans la société parce quej'ai un différent à régler avec cette société. J'utilise un moyen légal, constitutionnel, occasionnant une gêne que j'assume pleinement parce que je suis dans une entreprise qui fait des bénéfices et qui, seule, paye les avantages de mon régime de retraite. Une cotisation patronale supérieure de près de 12% à celle de votre patron, soit environ 500 millions, pour compenser un âge de départ inférieur au vôtre, dans des conditions souvent inférieures aux vôtres d'ailleurs. Le reste ? C'est ce que nous payerions ensemble si nous étions dans le même régime.

D'ailleurs la compensation entre régimes bénéficie à 93.7% aux artisans, commerçants, salariés et exploitants agricoles, et en 2015, mon régime ne sera plus bénéficiaire du système mais deviendra contributeur. Ces 12% sont à moi, pas à mon entreprise qui voudrait bien les récupérer.

Comme les cotisations patronales, que les patrons appellent volontiers «charges », sont à vous, payant par avance votre droit à la santé ou à la retraite. C'est parce que la seule personne volée dans cette réforme c'est moi, j'assume totalement de réclamer mon dû. On me dit que ce sont finalement les clients qui payent. L'a-t-on dit aussi fort aux clients deCarrefour qui on payé les conditions de fin d'emploi du patron d'alors ? Le dit-on aussi fort de toutes ces retraites chapeaux, primes de départs et autres joyeusetés faites aux dirigeants des grandes entreprises ? Le dit-on aussi fort des avantages d'autres salariés ? A ce dernier titre, il est bon de calculer que 5 années de bonus sur unecarrière de 40 ans ne représentent finalement guère plus qu'un mois et demi par ans. Je n'ai jamais eu de treizième mois, l'avantage est-il si exorbitant ?  

Alors j'assume ne pas vouloir perdre ces 12% dans cette réforme qui nevous apportera rien. Le gain escompté est de l'ordre de 200 millions d'euros par ans. A ce rythme, il faudra 75 ans pour rembourser les 15 milliards de cadeaux fiscaux faits cet été ! Suis-je encore Le privilégié de cette société ? 

Mais plus encore. Cette réforme, comme les précédentes, vous coûtera beaucoup, elle nous coûtera beaucoup à tous. Parce que c'est la solidarité que l'on tue aujourd'hui. Cette solidarité voulue par nos pères au lendemain de la guerre, cette solidarité insupportable pour quise réclame du libéralisme et du chacun pour soi. Cette solidarité dont le sens profond ne dépasse pas, pour notre gouvernement, la notion d el'aumône dominicale. Mais pour moi elle a un sens, parce qu'elle est profondément humaine. C'est elle, le ciment de notre société. A quoi bon vivre comme les loups où le couple dominant mange en premier et où le dernier mange ce qui reste ? Tous mangent, certes, mais est-ce le modèle que nous voulons pour notre société ? Est-ce l'exemple pour nos enfants? Ma conviction profonde est que la société humaine ne peut être basée que sur la solidarité, sur l'entraide mutuelle. C'est ce à quoi je crois et c'est pour cela que j'assume ce combat. 

Et je me souviens de 1995. Vous étiez derrière nous à 75% ! Autre époqueoù nous portions l'espoir, où l'on a vu des personnes venir apporter une journée de salaire dans notre caisse de grève en nous demandant de faire la grève pour eux. La grève ce n'est pas mon métier. J'assume d'avoir laissé tomber cet espoir faute de pouvoir le porter seul. J'assume aujourd'hui de me battre d'abord pour moi, règle première de cettesociété libérale que je veux combattre. C'est paradoxal ? Oui, maisj'assume ce paradoxe parce que vous ne m'aimez plus aujourd'hui et que cette désaffection est le fruit d'un combat que vous n'avez pas voulu mener, croyant à tort que je le ferais pour vous. Nos pères se sont battus, certains sont morts, pour nos congés, nos retraites, notre santé et pour bien d'autres choses encore. Qui se souvient aujourd'hui du prix payé par eux pour nos avantages de salariés de pays riche ? 

Certains perdront leur boulot paraît-il. Mais qui est assez stupide pour m'accuser moi et laisser en paix cette crevure de directeur du personnequi utilisera cyniquement cet alibi, ce sous-homme incapable de considérer son prochain comme son égal dans la difficulté ? Et bien, oui, j'assume de fournir cet alibi fallacieux à cette personne qui ne devrait rien avoir à faire dans la société des hommes.   

Il n'y a pas si longtemps, nous, cheminots, avions un slogan plein d'avenir, nous voulions partager le progrès pour tous. Souvenez-vous : « Le progrès ne vaut... » Où est-il ce progrès, aujourd'hui où l'Homme de ce siècle a enfermé sa liberté dans une télé et un portable ? Où l'on vante les soi-disant mérites du libéralisme sans parler de ses inconvénients comme la précarité ? Où l'on détruit l'avenir de nos enfants en oubliant les combats de nos pères ? Où l'on brade notre société solidaire pour peu qu'on nous fiche la paix ? Où est-il le progrès aujourd'hui ?

J'assume tout cela, chère cliente, cher client, j'assume tout.

Philippe DUVERNAY